
De zone humide à centre du bourg : un parc pour redynamiser la vie locale
Comment transformer une zone humide en lieu de vie ? Comment cet espace peut-il devenir le centre du bourg ? Comment intéresser les habitants au projet et mobiliser les entreprises prestataires sur le temps long? En quoi un parc peut-il contribuer à compléter l’offre culturelle et touristique de la commune ?
Située sur la côte ouest de la Manche, entre Cherbourg et Granville, Pirou est une commune de 1517 habitants. Noëlle Leforestier, maire de la commune, et José Camus-Fafa, adjoint en charge des grands projets, nous présentent la démarche qui fait du parc le trait-d’union entre les différents lieux de vie de Pirou-Pont (l’école, la mairie, la salle des fêtes, la médiathèque et le château).
Contexte
La commune de Pirou (1517 habitants) est composée de 3 parties : Pirou-plage, Pirou-bourg et Pirou-pont. La zone humide de 5 hectares se trouve à l’interface de Pirou-Pont et du château de Pirou.
Le site a d’abord fait l’objet d’un projet de base nautique jugé inadapté au regard des enjeux écologiques. En 2018, la mairie de Pirou initie une nouvelle réflexion pour transformer la prairie de fauche en parc récréatif.
L’objectif est triple
- Conserver une zone humide qui contribue à la réduction des inondations et des canicules, préserve la biodiversité et améliore la qualité de l’eau.
- Mettre en valeur l’identité de la commune (patrimoine écologique, paysager et architectural) en reliant les différents espaces qui composent le territoire (marais, château médiéval, lande)
- Redynamiser le cœur de Pirou-Pont où se concentrent les principaux équipements de la commune.

Au coeur de la démarche : le participatif !
L’objectif : « encourager une première approbation, engager un dialogue ouvert et spontané »
José Camus-Fafa, maire adjoint en charge des grands travaux
LA CRÉATION D’UN COLLECTIF
👍 L’apport du CAUE 50
Le CAUE de la Manche a accompagné la commune dans la rédaction d’un cahier des charges qui définit une méthode et place le paysage comme l’élément central d’une réflexion transversale.
L’objectif était de lancer un appel d’offres pour mobiliser une équipe pluridisciplinaire qui crée des liens avec la population locale tout au long du projet.
A l’issue de la consultation, le projet a été confié au groupement “Le Jargon des oies”, mené par l’agence Novascape, et composé de trois paysagistes associés à un écologue, un bureau d’ingénierie et une agence d’architecture.
Rapidement, le groupement imagine l’aménagement du site avec les riverains, les services techniques municipaux, les associations et les entreprises locales.
FAIRE JASER
Très tôt, pour susciter la curiosité des habitants, les faire réagir et commencer à donner une identité au site, le trio de paysagistes créé des oies stylisées en bois, qui font référence à la légende attachée au château de Pirou.
Placées en bord de route, mais aussi sur le futur site, cette action symbolique n’a pas manqué de faire jaser.

La légende des oies de Pirou 🪿
Les Normands qui vinrent faire la conquête de la contrée furent longtemps arrêtés par le Château-Fort de Pirou. Le jugeant imprenable, ils renoncèrent à l’enlever d’assaut et, pour le réduire par la famine, ils en entreprirent le blocus. Après un siège interminable, ils constatèrent qu’un silence de mort régnait dans le château fort. Craignant un stratagème ils laissèrent passer un jour entier, puis le lendemain tentèrent l’escalade. Le château fort était désert. Ils ne trouvèrent qu’un vieillard grabataire auquel ils promirent la vie sauve s’il leur disait ce qu’étaient devenus le Sire de Pirou, sa famille et sa garnison. Le vieillard leur expliqua alors qu’à l’aide d’un grimoire le Seigneur et toute sa maison s’étaient changés en oies sauvages pour échapper à leurs assaillants. Les Normands se rappelèrent en effet qu’ils avaient vu, la veille, au lever du jour, une quantité d’oies cendrées prendre leur essor au-dessus des remparts. Au bout d’un certain temps, les oies sauvages revinrent donc pour retrouver le grimoire qui leur permettrait de « délire » la formule de leur goublinage. Hélas, les Normands avaient brûlé le château fort et avec lui le livre de magie. Force leur fut donc de rester oies sauvages… Mais, depuis lors, elles reviennent chaque année au printemps avec l’espoir de retrouver le grimoire, et, sans l’avoir trouvé, elles repartent à l’automne.
LES RÉSIDENCES CHANTIER DE CONCEPTION/ RÉALISATION

Le travail de l’équipe s’est organisé autour de “résidences chantier de conception/réalisation”.
Les paysagistes sont régulièrement venus « habiter les lieux », jalonner les espaces, mener de premières actions de jardinage et multiplier les actions pédagogiques pour que les habitants s’approprient la démarche.
Les services techniques de la commune ont été associés aux réflexions, pour partager leur savoir-faire et adapter le projet aux moyens humains et matériels de la commune.
Les paysagistes ont dessiné pas à pas, « en vrai », les grandes lignes du parc et invité les associations, les habitants, les entreprises locales et les écoles, à participer à l’écriture du nouveau récit local.
Un chantier pédagogique a été mené avec les étudiants du BTS Campus Nature et leurs enseignants, le CAUE 50, le groupement du Jargon des Oies et la commune de Pirou. Pour rendre compte des étapes du chantier et diffuser les animations programmées pendant les travaux, l’équipe a monté un blog, le Jargon des oies.
De zone humide à un parc de loisirs qui redynamise le bourg
LES GRANDS TRAVAUX
Création de mares
3 mares ont été creusées dans le but de soutenir la biodiversité, de créer des animations pédagogiques et d’enrichir le paysage.

Ces mares sont alimentées par les sources et les écoulements de terrain. Comme tous les déblais liés aux travaux, ceux des mares ont été repositionnés sur le site.
Reméandrage du cours d’eau
Sous la direction du technicien rivières de l’intercommunalité, en concertation avec les paysagistes et avec le soutien de l’Agence de l’eau, le caractère hydromorphologique du ruisseau a été restauré (reméandrage et arasement du bourrelet de curage).

L’hydromorphologie est la science qui s’intéresse au fonctionnement des cours d’eau, à la forme et à la mobilité des cours d’eau. La restauration hydromorphologique s’appuie notamment sur la restauration des espaces de mobilité, pour permettre à la rivière de retrouver un fonctionnement plus naturel.
UN PARC DE LOISIRS…
Tyrolienne & théâtre de verdure

Le théâtre de verdure accueille des conférences et spectacles, des festivals (festival de poésie les Pirouésies).
Sa création n’a nécessité que peu de moyens : du terrassement, quelques marches.
Le jeu de l’oie

Réalisée en bois (en robinier, pour la durabilité), cette structure a été dessinée spécialement pour le site. Le jeu connecte le parc au château tout proche et lui donne une identité qui rayonne au-delà de la commune.
Un deuxième agrès (un bateau) est en cours de construction.
…A VOCATION PéDAGOGIQUE
Une partie du parc est consacrée à la culture de petits fruits. Le jardin de gourmandise accueille régulièrement les enfants de l’école. Pour pouvoir faire « l’école du dehors » en toute sécurité, l’espace est clos.
“La maison du jardinier” devient un support logistique pour accueillir des animations, des expositions et de rencontres (ateliers culinaires, de jardinage).



l’entretien du parc

Les arbres qui ont été plantés dans le parc (des plants forestiers à racine nue, peu onéreux) n’ont été arrosés que la première année. Pour limiter l’assèchement des jeunes plants et la concurrence de la strate herbacée :
- De la paille récupérée auprès des maraîchers locaux, producteurs de carottes, a été déposée au pieds des arbres.
- L’accent sur la restauration d’un sol vivant, (décompactage et apport de matière organique)
- Des ganivelles ont été installées autour des espaces de plantations pour structurer rapidement les espaces et protéger les jeunes plantations du public et du vent.

La fréquence des fauches est donc adaptée en fonction des degrés d’humidité et des typologies des prairies.
Le fauchage est réalisé par un agriculteur en fin de la saison (la fauche tardive permet de protéger l’habitat des insectes et oiseaux).
💪 Ce qui a permis de relever le(s) défi(s)
SE DONNER LE TEMPS
Écrire un premier projet
Le projet de transformation de la zone humide date de 2001. Quand, en 2018, la commune a souhaité donner une nouvelle direction au projet, elle a pris le temps de réfléchir à un paysage, à ses liens avec l’histoire de la commune et à la manière dont la population pourrait y contribuer. Avant de rédiger le cahier des charges “administratif”, la commune s’est autorisée à écrire le projet et à se poser les bonnes questions :
- Comment conserver une zone humide sans la mettre sous cloche?
- Comment l’ouvrir au public ?
- Pourquoi se lancer dans ce projet ?
- Quels liens tisser avec Pirou-pont ?
Inscrire le projet dans la durée
Le projet de parc a mûri avant la consultation des entreprises mais aussi pendant la phase de travaux, lesquels ont duré 5 ans, de 2018 à 2023 (la crise COVID-19 a décalé d’un an les travaux).
Afin de permettre au projet d’évoluer “en temps réel”, la commune a, sur le conseil du CAUE de la Manche, opté pour l’accord-cadre. Cette procédure contractuelle permet à un maître d’ouvrage de fixer un objectif dans un délai de 4 ans et d’y consacrer un budget de départ.
La démarche permet de travailler sur le long terme, en programmant des actions au fil du temps. L’accord-cadre permet de mûrir tranquillement les décisions, d’obtenir les financements, d’enrichir les projets initiaux.
Faire en marchant
Le groupement retenu par la commune n’a pas présenté une projet “clé en main”, définitif. Au contraire, elle a mis en avant la possibilité de faire évoluer le projet au gré des retours de tous les acteurs.
Avoir du temps permet de revoir la copie, de procéder à des ajustements, de modifier les plans initiaux, d’optimiser et rationalité la dépense au bon endroit, en un mot d’avoir de la souplesse.
Quelques exemples d’ajustement/ d’évolution :
- La tyrolienne qui devait à l’origine être très longue et installée au centre du parc a été repositionnée pour faciliter le fauchage. Une tyrolienne double plus courte a été preférée notamment pour son côté ludique.
- Près des jeux pour enfants, des bancs ont été installés “après-coup”, pour satisfaire les visiteurs
- La transformation de la salle des fêtes qui donne sur le parc en salle intergénérationnelle ne faisait pas partie du projet initial. Les aménagements des abords de la salle ont été réalisés dans la continuité des travaux du parc pour constituer un ensemble cohérent.

QUAND LE PRESTATAIRE DEVIENT UN PARTENAIRE
La mairie a mis volontairement à disposition un logement communal à l’équipe de paysagistes, ce qui a facilité la connaissance de la vie locale et la logistique des ateliers-chantiers. De son côté, l’équipe s’est engagée à faire tourner le commerce local. Ce fonctionnement « gagnant-gagnant » au long court a participé de la réussite du projet.
Les membres du groupement ont accompagné la commune tout au long du projet, et même au-delà. Au fil du temps, des liens se sont créés, au-delà des relations “contractuelles”.
Dans la continuité des travaux du parc, les aménagements extérieurs de la nouvelle médiathèque (face au parc) sont assurés par Novascape. Le compagnonnage continue.


UN PLAN DE FINANCEMENT SOLIDE
La commune bénéficie d’un contrat de territoire communal (désormais, ce type de contrat est signé à l’échelle intercommunale).
- Un budget de 622k€ HT sur 4 ans (supportable annuellement, dans l’attente de subventions)
- 250 k€ de subventions publiques ont été obtenues :
- Région
- Département : Fonds d’investissement rural (FIR)
- Communauté de communes Côte Ouest Centre Manche (COCM)
- Agence de l’eau Seine-Normandie
- Appel à manifestation d’intérêt “ma commune en transition” pour la réalisation d’un Atlas de la biodiversité
- Parc naturel régional du Bessin et du Cotentin (enveloppe dédiée à l’animation).

La commune a remporté les victoires de l’investissement 2024 décernés par la Fédération Régionale des Travaux Publics
«Il faut aller chercher des subventions. Mais cette recherche vient dans une deuxième temps. La réalisation du projet ne doit pas dépendre des subventions espérées »
José Camus-Fafa, maire adjoint en charge des grands travaux

ℹ️ L’info en +
Au-delà des subventions d’investissement, les subventions de fonctionnement sont essentielles pour réaliser des ateliers pédagogiques et animer le lieu, pendant et après les travaux.
Il ne faut pas hésiter à solliciter du mécénat !
DÉVELOPPER UNE VISION DU PROJET À 360°
L’une des orientations du projet était de retrouver une cohérence à l’échelle communale.
Le parc des oies a été pensé comme un trait d’union entre le château médiéval de Pirou, visité par 35000 personnes par an et Pirou-Pont, où une nouvelle médiathèque (“la forge”) voit le jour.
Le parc vient compléter l’offre touristique de la commune, en ajoutant au patrimoine historique et culturel un terrain de jeu qui prend soin de la biodiversité et encourage la découverte du patrimoine naturel.


Et demain ?
Le parc a été inauguré le 29 septembre 2023. En quelques années, le paysage a déjà beaucoup évolué.
Un atlas de la biodiversité devra être reconduit pour mesurer les évolutions. Des recherches de subventions sont en cours pour évaluer et démontrer les gains écologiques et sociaux de ce type de démarche.
« Le parc du jargon des oies est un projet qui restaure un lien plus sensible et intime entre les Hommes et leur terroirs, et dont le paysage en est la traduction. »
Thibaut Guézais . Paysagiste Novascape.
« Ce projet ne prévoit rien pour demain, il est aujourd’hui, il est chaque jour qui passe »
M. Camus. Adjoint aux travaux

☎️ Contacts
Mairie de pirou
02 31 69 72 17
NOVASCAPE
Thibaut Guézais
Paysagiste concepteur
Assemblier
Jardinier
06 98 57 35 92
Parc du Bessin et du Cotentin
02 33 71 61 90
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