
Thèreval : Lotissement verdoyant Favoriser les liens
Un lotissement verdoyant est un moyen simple de répondre à la demande en nouveaux logements sur la commune tout en préservant son caractère bocager. Mais quels sont les impacts sur la conception et l’entretien du lotissement ? Sur la taille des parcelles? Sur leur commercialisation? Sur le lien entre les habitants ? Comment relier ces logements au bourg ? Comment penser les chemins d’accès aux bâtiments et services de la commune ?
Située à quelques kilomètres de Saint-Lô, Thèreval est une commune nouvelle de 1775 habitants. Mme Lechevallier, maire de la commune, et Gilles Quinquenel, maire pendant 31 ans, nous ont présenté le lotissement créé il y a 19 ans et ses liens avec l’école, les trois pôles de santé, la salle de spectacle, la médiathèque et les commerces.
La démarche
Créer un lotissement “ de campagne”
Thèreval est issue de la fusion des communes d’Hébécrevon et de la Chapelle-en-Juger.
A la fin des années 2000, la commune d’Hébécrevon a souhaité construire de nouveaux logements sur une ancienne prairie de 3,5 hectares, à moins de 5 minutes du centre-bourg.
Comment créer un lotissement à la campagne qui ne soit pas un copier-coller des éco-quartiers des villes?
Avec l’aide du CAUE de la Manche, les élus ont imaginé un éco-hameau intégré dans le paysage bocager.
Pour traduire la volonté municipale, une « intention d’aménagement » est proposée à des équipes d’architectes-urbanistes, sans passer par l’étape d’un concours.
Le cabinet Folius et Prytech accompagneront la création des 35 maisons individuelles.

Connaître le terrain et exprimer sa sensibilité
Les lotissements ne se dessinent pas hors sol. Il est nécessaire d’arpenter le site à pied, de connaître les arbres qui y vivent avant de réfléchir à un aménagement. Cela permet d’adapter le projet à l’existant, mais aussi d’appréhender concrètement l’effet d’une clôture ou d’une placette, parfois minimes lorsqu’elles sont représentées par une croix sur un plan.
Avant de parler du “comment”, de réseaux et de routes, il est essentiel de rêver le paysage, de s’inspirer et d’écouter sa sensibilité.

Source : cabinet Folius

Discuter le projet avec les futurs habitants
Dès la création du projet qui prendra le nom des Chemins verts, les futurs habitants sont conviés à des réunions pour en expliquer les enjeux. Un certain nombre de règles sont présentées et discutées :
- limitation de l’emprise au sol à 30 % des parcelles (d’environ 700m2)
- interdiction du PVC blanc pour les portes et fenêtres
- encouragement à orienter les maisons le plus au sud possible
- limitation de la hauteur de faîtage à 9 mètres…

“Nous avons accompagné chaque famille candidate à l’installation, en écoutant son projet, en la guidant pour un habitat le moins énergivore possible. Toutes ont joué le jeu. Pas question de décerner un visa ou de leur imposer quoi que ce soit, hormis les prescriptions de la mairie, qui voulait créer un quartier responsable du point de vue environnemental dans le bourg et non pas à l’extérieur”.
Emmanuel Fauchet, Directeur de l’ex-CAUE50
(source : Les Echos, “le Village de Thèreval apprécie toujours son lotissement qui préserve le bocage », 2021)
La démarche participative a également impliqué les services de la Direction départementale des territoires et de la mer de la Manche, les entreprises de la communes et le magazine Village.
Conseiller sans imposer
Si certaines règles ont été imposées par le règlement, la commune a laissé la possibilité aux habitants de choisir certains équipements et de suivre ou non les conseils à leur disposition :
- Les élus avaient envie que le lotissement intègre plusieurs barrières typiques du pays saint-lois mais les propriétaires de chiens s’y sont opposés. La référence à ces barrières a donc été retirée du règlement.
- L’avis du CAUE de la Manche figurait dans le règlement : des conseils ont été joints au dossier de permis de construire de chacune des maisons. Chaque propriétaire était ensuite libre de suivre ou non cet avis.
- L’association “Les 7 vents” a été mobilisée par la mairie pour offrir des conseils aux habitants en matière d’énergie (solaire notamment). De la même manière, les prescriptions de l’association en matière de chauffage ou de chauffe-eau n’avaient aucun caractère obligatoire.
- Les futurs acquéreurs ont également eu la possibilité d’être accompagnés par un architecte missionné par la mairie et spécialisé dans les constructions passives et qualitatives d’un point de vue architectural. Chaque propriétaire a pu travailler avec l’architecte de son choix, ce qui se traduit par une grande variété des formes architecturales (voir la photo aérienne, ci-après). Un éco-hameau n’est pas constitué que de maisons en bois !

La gestion des haies et des talus
Pour qu’un lotissement s’intègre dans la trame bocagère, il est indispensable de laisser une place de choix au végétal et aux haies et talus en particulier.
Maintenir… et créer des haies
80% des haies et des talus existants ont été maintenus. Seules les haies situées sur le passage de la route ont été supprimées.
La commune a souhaité aller plus loin : elle a imposé la création de haies végétales sur le domaine privé.
Préserver les corridors biologiques
En pied des haies et talus, une bande de terrain non cessible de 3 mètres de largeur est conservée pour préserver les corridors biologiques. Ces espaces :
- offrent la possibilité de réaliser de petits fossés de faible profondeur qui conduisent l’eau vers les mares.
- constituent des sentiers
- facilitent l’entretien des haies et des mares
- rappellent les chemins creux typiques du centre-Manche

Entretenir
Afin d’assurer le bon développement des haies plantées, la commune a pris en charge l’entretien des haies privées dans le cadre d’un marché groupé pendant 3 ans. Certains propriétaires ont par la suite choisi de faire appel au même prestataire, d’autres de s’en occuper eux-mêmes. La gestion des haies relevant du domaine public est externalisée, l’entretien étant trop volumineux pour être réalisés par un agent municipal. Le coût de l’entretien est financé par les recettes fiscales générées par le lotissement.


L’idée en + (Eric Germain, du cabinet Folius) : Créer une haie avec du grillage à mouton fixé sur des poteaux en acacia ou en châtaignier (système utilisé contre les sangliers) avec des plantes grimpantes coûte environ 20€/m2. Ce type d’installation est à la fois économique, esthétique et permet de passer une tête pour discuter, tout en protégeant son jardin des regards extérieurs.
Les haies et le PLUI
Les PLUI (plans locaux d’urbanisme intercommunaux) rendent aujourd’hui difficile voir impossible la création de haies sur les parcelles privées: les haies “consomment du terrain” sur des parcelles déjà très réduites.
Les haies captent et stockent du carbone. Leur consommation de terrain a donc des externalités positives. Il pourrait être pertinent d’exclure les haies du calcul de la surface à construire. Cela permettrait de maintenir les haies végétales dans les petites parcelles de 400 m².
L’avis de Gilles Quinquenel, ancien Président de Saint-Lô Agglomération


L’idée en + (Eric Germain, du cabinet Folius) :
Créer une haie avec du grillage à mouton fixé sur des poteaux en acacia ou en châtaignier (système utilisé contre les sangliers) avec des plantes grimpantes coûte environ 20€/m2. Ce type d’installation est à la fois économique, esthétique et permet de passer une tête pour discuter, tout en protégeant son jardin des regards extérieurs.
La gestion de l’eau de pluie
Le lotissement ne dispose pas de réseaux pour la gestion des eaux pluviales. Toute l’eau qui tombe sur les toits des maisons reste sur la parcelle, sauf si la qualité des sols ne le permet pas. Dans ce cas, l’eau peut se déverser dans les 2 bassins d’orage créés ainsi que dans les noues.
Une noue est une sorte de fossé peu profond et large, végétalisé, avec des rives en pente douce, qui recueille provisoirement de l’eau de ruissellement, soit pour l’évacuer via un trop-plein, soit pour la laisser s’évaporer (évapotranspiration) et/ou s’infiltrer sur place permettant ainsi la reconstitution des nappes.

Voie et chemin
Afin de préserver le cadre bocager, les voies d’accès aux habitations doivent rester discrètes. Pour limiter leur visibilité, plusieurs stratégies ont été combinées :
Des voiries de différents calibrages
La voirie principale qui assure un trafic à double sens font 500 cm de large. Les voiries secondaires ont une largeur de 350 cm qui permet :
- de maintenir un maximum de haies et de talus
- aux véhicules de se croiser et, ce faisant, de limiter leur vitesse
- de réduire les coûts, pour transférer le budget voirie vers le budget “verdissement”.


“Des allées de château”
Les voiries sont simples, sans bordure. Les voies secondaires et chemins sont en en bi-couche gravillonné. L’herbe a tendance à pousser au milieu de ces voies. Pour faire accepter ce type de voirie, la mairie les appelle les “allées de château”
“Nous tenions à limiter le coût des aménagements, à ne pas gaspiller les espaces publics et le paysage. Il faut accepter que l’herbe pousse au milieu des chemins »
Gilles Quinquenel
Stationnement
Du stationnement est organisé à l’ extérieur aux parcelles, sur du gravier engazonné.
Gestion des déchets
Afin de préserver le caractère champêtre du site, les ordures ménagères sont collectées à l’entrée du lotissement. Cette organisation évite à des camions benne de devoir faire un demi-tour dans le hameau, ce qui aurait nécessité une placette bitumée de 22 mètres.
Vivre dans l’éco-hameau
Les parcelles ont été rapidement acquises. Plus de 15 ans après l’arrivée des premiers acquéreurs, on constate peu de départs. Seul le stationnement des véhicules (à proximité de son chez-soi et non devant la maison ) n’a pas vraiment convaincu les habitants.

La vie de village
Les chemins de traverse, la largeur des voiries et la présence du bocage font de ce lotissement un petit village où les gens se rencontrent fréquemment.
Un repas annuel est organisé entre voisins depuis la création de l’hameau.
Les enfants peuvent jouer en sécurité dans les noues et les talus.
Pour éviter l’entre soi, 3 parcelles ont été réservées à l’aide à la location. (bailleur social).


« Il y a une unité dans le lotissement car tout le monde a été logé à la même enseigne. Ici, c’est une ambiance particulière«
François Streiff, habitant
L’idée en + : sur les parcelles moyenne (700m2), il est judicieux de ne pas disposer la maison au centre du terrain. Cela agrandit visuellement la part de jardin et facilite son entretien.
Le pré verdissement opéré par la commune (plantation de fruitiers) a pu séduire des acheteurs désireux de vivre dans un cadre champêtre sans avoir à planter des arbres.
Un hameau connecté au centre-bourg
Le centre bourg et ses services (école, mairie, commerces de proximité, pôle de santé, médiathèque, salle de spectacle) sont accessibles à pied par un chemin en 5 minutes.
L’ouverture de la zone humide entre l’éco-hameau et le centre-bourg a créé un lieu de convivialité et de rencontre entre les habitants des Chemins verts et ceux du bourg.
Au-delà du respect de l’environnement et du patrimoine bocager, c’est la qualité de vie sociale qu’a récompensé le prix national Arturbain attribué à la commune de Thèreval en 2012.

📂 Documents complémentaires
☎️ Contacts
Mairie de Thèreval
13 rue saint martin 50180 Thèreval
02 33 05 05 59
Cabinet Follius
Eric Germain – Directeur Paysagiste-Urbaniste
02 35 95 33 55 / 06 25 49 35 42
Ces réalisations pourraient vous intéresser…
Une école en bois et en paille : Mener un projet de construction durable
Comment répondre aux usages en ayant une démarche systémique dans un budget maîtrisé? La construction d’un bâtiment public, à fortiori…





