
Épicerie participative : Lien social et commerce de proximité
353 habitants
Commune de Livarot-Pays d’Auge
Agglomération de Lisieux Normandie
Comment faire vivre une épicerie dans une petite commune quand on sait que les volumes vendus seront trop faibles pour dégager un salaire? Comment recréer un espace où les habitants se retrouvent et font connaissance? Comment permettre aux anciens du village de faire leurs courses sans voiture? Qu’est ce qu’une épiceie participative? Comment ça marche? Qui peut m’aider à en lancer une?
Située entre Lisieux et l’Aigle, Meulles est une commune déléguée de 353 habitants au sein de Livarot-Pays d’Auge.
Le maire délégué, M. Guillaume Anne, nous présente la démarche qui a permis la création de cette épicerie inaugurée en mai 2024 qui alimente (début 2026) 90 foyers, et les moyens mis en place pour faire perdurer l’épicerie.
Contexte
- Meulles est une commune déléguée de 353 habitants située entre Lisieux et l’Aigle, dépendant de la commune nouvelle de Livarot Pays d’Auge (Calvados).
- Le dernier commerce a fermé en 2019. Le maire souhaitait ouvrir au moins un dépôt de pain, mais n’arrivait pas à trouver un boulanger pour se lancer.
- Un traiteur avait mis en place un distributeur de plats préparés, mais avait dû fermer à cause du peu d’acheteurs et de la hausse des prix de 2022 (guerre en Ukraine).

Dates-Clef
2016
Fusion de 22 communes au sein de Livarot Pays d’Auge
2019
Fermeture de l’épicerie
Octobre 2023
Un habitant propose l’idée d’une épicerie participative au maire délégué
Fin 2023
Enquête auprès des habitants, 40 réponses (pour 300 habitants)
Décembre 2023
Réunion publique en présence de 70 personnes
2024
Janvier : création de l’association
Mai : Inauguration de l’épicerie
Un projet éclair
Ce projet a été monté en quelques mois grâce à la grande mobilisation de deux habitants et du maire délégué. Il a été soutenu par l’association Bouge TonCoq qui accompagne gratuitement des collectivités porteuses de projet d’épicerie participative.
La vitesse de lancement du projet a été un atout pour maintenir la dynamique et lui permettre faire rapidement ses preuves. Un temps plus long aurait peut être permis de recevoir des subventions et d’embarquer d’avantage d’habitants dans la démarche dès le début, tout en risquant que le projet s’essouffle et que les freins administratifs aient le temps de s’enclencher.
D’autres exemples d’épiceries participatives accompagnées par l’association BougeTonCoq se sont faites en impliquant beaucoup plus d’habitants dès le début, mais se sont lancées beaucoup plus lentement et avec des amplitudes horaires beaucoup plus réduites.


Un fonctionnement participatif
5 groupes de travail gèrent l’épicerie sans salariés :
- Un groupe en charge de la recherche et des relations avec les producteurs
- Un groupe en charge de la communication
- Un groupe en charge de l’informatique et de la caisse
- Un groupe en charge des travaux et aménagements
- Un groupe en charge des évènements organisés par l’épicerie
Un groupe WhatsApp permet d’échanger entre bénévoles sur la gestion courante de l’épicerie.
Fonctionnement financier
Les prix sont sans marges, ce sont donc les producteurs qui fixent les tarifs que paieront les clients. C’est la commune qui règle les frais d’eau et d’électricité. L’adhésion (15€/an ou 0,5€/jour) est obligatoire pour pouvoir consommer dans l’épicerie, afin de rester dans un cadre associatif.
L’association a bénéficié de subventions au lancement (Fonds Européens LEADER, Agence Nationale de la Cohésion des Territoires) et de dons en nature (Agglomération de Lisieux Normandie, Commune de Livarot-Pays d’Auge).
Pour compléter, un financement participatif a permis de récolter 7 250€.
L’association est reconnue d’utilité publique, ce qui fait que les dons sont défiscalisables.

🫙 L’enjeu des prix et des produits
Pour que des habitants viennent faire leurs courses à l’épicerie, le choix des produits et de leur prix est fondamental.
Tout ce qui est vendu dans l’épicerie est produit au plus proche (entre 3km et 40km).
Il n’y a pas d’exclusivité de produits dans l’épicerie, il est par exemple possible de trouver des yaourts venant de différents producteurs. L’intérêt de cette démarche est de ne pas avoir à choisir entre les producteurs, d’éviter le « copinage » et d’assurer un approvisionnement même en cas de problème d’un producteur.
Bien que les producteurs aient accepté de réduire les prix de leurs produits pour le lancement de l’épicerie, les produits restent plus chers que d’autres produits de moindre qualité qui seraient vendus dans une grande surface.
Le temps au cœur du projet
Une épicerie participative c’est un projet qui prend du temps. Au moment de son lancement, mais surtout pour faire vivre le lieu.
Pour ouvrir 12h par semaine (vendredi soir, samedi toute la journée et dimanche matin), il faut deux bénévoles derrière le comptoir (soit au moins 24h de présence). Sans compter le temps dédié à la comptabilité, la communication, les réunions de travail, la réception des produits/étiquetage/mise en rayon/gestion des stocks… qui approche la douzaine d’heures par semaine. En plus du temps nécessaire pour aller chercher les produits non-livrés.
Mais ce temps, c’est aussi l’opportunité pour les habitants de se rencontrer, de se découvrir et de forger des liens entre eux.
Il est demandé aux adhérents de tenir la caisse 2h par mois. La grande majorité des personnes jouent le jeu. Les créneaux de l’été sont principalement tenus par les résidents secondaires.


✅ Quelques chiffres
Depuis l’ouverture en mai 2024 :
- 140 foyers ont adhéré, avec 95 % de ré-adhésion en 2025 (adhésion à 15€)
- 90 personnes ont crédité leur compte en ligne
- 25 personnes prennent des permanences
- 10 personnes contribuent à la logistique
- Entre le 18 mai et le 31 décembre 2024, le chiffre d’affaire était de 37 000€ de vente de produits.
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